
Top 3 des fake news du RN sur l'écologie
Le Rassemblement national se rêve en défenseur du pouvoir d'achat et de l'industrie face à une écologie « punitive ». Problème : sur l'énergie et le climat, son argumentaire repose surtout sur des chiffres trompeurs. J'ai vérifié trois de ses intox les plus relayées.
300 milliards : le chiffre qui fait peur
C'est devenu son argument massue. Depuis le débat sur la souveraineté énergétique à l'Assemblée, le 28 avril 2025, Marine Le Pen répète que les énergies renouvelables coûteront « 300 milliards d'euros d'ici 2040 ». Un chiffre vertigineux… et largement fabriqué.
Pour atteindre ce total, la cheffe des députés RN additionne des dépenses qui n'ont, pour l'essentiel, rien à voir avec l'éolien ou le solaire. Près de 200 milliards correspondent en réalité à la modernisation du réseau électrique — des lignes vieillissantes à rénover, des raccordements à réaliser —, indispensable quel que soit le mix énergétique retenu, y compris avec davantage de nucléaire. Le reste ? Une estimation calée sur l'hypothèse de coût la plus pessimiste, celle d'un prix de marché bas qui gonfle mécaniquement la compensation versée par l'État.
Dépouillé de cette gonflette comptable, le coût réel du soutien aux renouvelables tombe à environ 3,5 milliards d'euros par an — une trentaine de milliards sur dix ans. On est loin, très loin, des 300 annoncés.
Le « fantasme chinois » des éoliennes
Deuxième intox, signée cette fois Éric Michoux, député UDR (le groupe de Ciotti, allié au RN) : « On est envahi par des éoliennes chinoises… nos subventions financent l'industrie chinoise. » L'image est efficace. Elle est aussi fausse.
En Europe, environ neuf éoliennes sur dix sortent des usines de constructeurs européens : Vestas, Siemens Gamesa, Nordex, Enercon, rejoints par GE Vernova. La domination chinoise (Goldwind, Envision…) est bien réelle — mais à l'échelle mondiale, et surtout sur le marché intérieur chinois, pas sur nos parcs.
Reste l'argument des terres rares, agité pour dénoncer une dépendance à Pékin. Là encore, l'ADEME est formelle : elles ne sont pas indispensables. Seules 6 % des éoliennes terrestres françaises en utilisent, et des technologies sans aimants permanents existent. Détail piquant : les terres rares ne sont même pas « rares » géologiquement — leur criticité tient au quasi-monopole chinois sur leur extraction (86 % de la production mondiale en 2017).
Le faux procès des renouvelables
Troisième intox, entendue sur BFM TV le 5 juin 2024 : selon Marine Le Pen, les renouvelables « ne fonctionnent que si elles sont associées à du gaz ou à du charbon ».
C'est faux. Quand le vent tombe ou que le soleil se cache, la France ne se rabat pas sur le charbon — devenu anecdotique, avec 0,8 TWh produit en 2023, soit moins de 0,17 % du mix. Elle s'appuie sur son nucléaire et son hydroélectricité. Et à l'échelle européenne, le développement de l'éolien et du solaire s'accompagne au contraire d'un recul du charbon, dont la production a chuté de 26 % en 2023, un record.
Une écologie de façade
Le point commun de ces trois séquences ? Le RN ne nie plus frontalement le réchauffement climatique — la ficelle serait trop grosse. Il préfère désormais attaquer les scientifiques, discréditer les solutions, ralentir les politiques de transition et multiplier les contre-vérités chiffrées.
Moins de climatoscepticisme assumé, donc, mais toujours autant d'obstruction. Ne vous laissez pas avoir.
Les sources
Sur les « 300 milliards »
- Assemblée nationale — débat sur la souveraineté énergétique, déclaration de Marine Le Pen — 28 avril 2025. Source de l'intox.
- France Renouvelables — « PPE : 300 milliards pour financer les EnR, le chiffre inventé pour faire peur » — mai 2025. Décompose le chiffre : ~200 Md€ de réseaux (nécessaires avec ou sans transition) et un soutien réel aux renouvelables d'environ 3,5 Md€/an via la CSPE.
- CRE (Commission de régulation de l'énergie) — délibération 2024 sur les charges de service public de l'énergie. Chiffre le soutien à l'éolien et au solaire (~3,8 Md€ en 2025) et montre que le RN retient le scénario de prix bas, le plus coûteux pour l'État.
- Vert & pv-magazine — débunks du « plan à 300 milliards » — mai-juillet 2025. Détaillent que les investissements réseaux (Enedis, RTE) sont très majoritairement sans lien avec les renouvelables.
Sur les éoliennes « chinoises »
- Éric Michoux (député UDR) — propos rapportés par FranceSoir — 2025. Source de l'intox.
- GWEC / WindEurope — classement des fournisseurs de turbines éoliennes en Europe, 2023. Les cinq premiers fournisseurs du marché européen (Vestas, Siemens Gamesa, Nordex, GE Vernova, Enercon) sont européens ou occidentaux.
- ADEME — « Terres rares, énergies renouvelables et stockage d'énergies » — 2020. Établit qu'environ 6 % des éoliennes terrestres françaises utilisent des terres rares, et que celles-ci ne sont pas géologiquement « rares » (criticité liée au quasi-monopole chinois : 86 % de la production mondiale en 2017).
Sur le charbon et l'intermittence
- Marine Le Pen — BFM TV — 5 juin 2024. Source de l'intox.
- RTE — Bilan électrique 2023. Établit qu'en France le charbon est anecdotique (0,8 TWh, < 0,17 % du mix) et que le relais des renouvelables est assuré par le nucléaire et l'hydroélectricité.
- Ember — European Electricity Review 2023. Établit qu'en Europe la production de charbon a reculé d'un record de 26 % en 2023, tandis que l'éolien et le solaire atteignaient 27 % du mix de l'UE.
Note de méthode
- Le « fantasme chinois » joue sur deux échelles : la Chine domine bien le marché mondial de l'éolien, mais pas le marché européen, où les turbines installées sont très majoritairement européennes. Le « en Europe » est ici essentiel.
- Les terres rares portent mal leur nom : elles ne sont pas géologiquement rares. Leur usage dans l'éolien concerne surtout l'offshore, marginal en France.
- Les « 300 milliards » agrègent des dépenses de réseau (nécessaires même avec plus de nucléaire) et retiennent l'hypothèse de coût la plus défavorable.
- L'« écologie de façade » est une caractérisation éditoriale : elle décrit le glissement du RN, du climatoscepticisme assumé vers l'opposition aux politiques de transition.
- La citation d'Éric Michoux est reprise telle que rapportée par FranceSoir ; elle n'a pas été recoupée mot pour mot avec une source primaire.
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